Fait-divers au Canada : des tueurs en série au-dessus de tout soupçon

Il y a quelque chose d’inquiétant dans le fait de ne pas savoir précisément ce qu’il se passe dans la tête des gens. Même si tous les témoins auxquels j’ai eu accès s’accordent à dire que Paul a entraîné sa femme dans sa quête meurtrière, je ne peux m’empêcher de faire remarquer que s’il ne l’avait tabassée un soir de colère, ce couple de serial-killer n’aurait sans doute pas été découvert. Mais revenons au début, à cette photo de mariage, sortie tout droit d’un album de Ken et Barbie. Paul Bernardo est un beau gosse. Athlétique, blond, parfaitement bâti, il a le sourire de ceux qui savent que le monde est plus clément avec les gens beaux. Dans ses bras, sa femme, Karla se tient, mi-provocante, mi-mutine, la tête légèrement penchée, fière et tout aussi sûre de sa beauté. C’est la vie rêvée par excellence, celui des séries télés, celui des jours heureux où le quaterback, gloire régionale, épouse la fille la plus populaire du lycée. Happy end.

Le soir même de leur mariage, le 29 juin 1991, le corps d’une adolescente de quatorze ans, Leslie Mahaffy, débitée en morceaux, coulé dans du ciment, est découvert au fond du lac Gibson. C’est l’oeuvre du couple et ce n’est pas leur premier meurtre.

« Et si je te disais que j’ai déjà commencé à violer des femmes ? »

Octobre 1987. Convention animalière à Toronto. Paul et Karla se rencontrent pour la première fois et c’est le coup de foudre immédiat. Quelque chose les attire l’un vers l’autre. « Je sais que c’est avec lui que je vais me marier » explique Karla à son amie, choquée qu’ils aient osé coucher dès le premier soir. Mais c’est comme ça et elle n’aura pas tout à fait tort : ils ne se quitteront plus. Le couple devient rapidement fusionnel, à tel point que Paul lui avoue des fantasmes sexuels, comme par exemple, et tout à fait au hasard : faire très mal à de jeunes filles vierges. Et il lâche, comme pour tester sa future complice: « Et si je te disais que j’ai déjà commencé à violer des femmes ? » « Cool » lui répond-elle.

Car oui, le parcours criminel de Paul est préexistant à sa rencontre avec Karla. Il prendra une autre tournure en l’ajoutant dans l’équation, mais sans elle, il a déjà agressé et violé une jeune femme de 21 ans. Et la petite sœur de sa femme, Tammy, quinze ans, est sa prochaine cible.

Un tournant donc dans sa carrière criminelle. Karla accepte d’assouvir les fantasmes de son mari en lui offrant sa sœur. Elle vole dans la clinique vétérinaire où elle travaille des anesthésiants qu’elle mélange à des boissons. Tammy s’effondre. Paul entre en scène. Il la viole pendant qu’elle meurt, étouffée par son vomi.

C’est l’horreur absolue mais cela ne les arrête pas. Toute-puissance, sentiment d’impunité, ils vont jusqu’à filmer les prochaines victimes, inconscientes, quasi mortes, dans des vidéos qui seront visionnées durant leurs procès. C’est l’horreur absolue mais pas pour le couple le plus beau du quartier, qui n’est absolument pas soupçonné. Ils ne le seront pas plus quand, charmeur, la police interroge Paul et prélève son ADN pour le meurtre d’une autre jeune fille. Jeune fille que le couple avait enlevé à l’arrière d’une église. Tout va pour le mieux dans le monde plastifié de Ken et Barbie.

« Je ne veux pas être traquée. Je ne veux pas que le monde pense que je suis quelqu’un de dangereux qui va faire quelque chose à leurs enfants »

Fait-divers et tueurs en série

1993. Une dispute futile éclate dans le couple et se termine en drame. Paul tabasse Karla à coups de torche électrique. Admise en urgence à l’hôpital, sa proche famille est horrifiée par l’ampleur des blessures et la somme de quitter Paul sur le champ et de dénoncer ses violences conjugales.

Elle fera bien plus en avouant l’implication de Paul dans le meurtre de sa sœur et des autres jeunes filles. Les prélèvements ADN qui dormaient tout en bas d’une pile, tout au fond d’une armoire, deviennent prioritaires et la culpabilité de Paul est établie. Celle de Karla aussi, mais grâce à sa coopération avec les forces de l’ordre, elle ne sera condamnée qu’à douze de prison pendant qu’il écopera d’une sentence à perpétuité; procès durant lequel chacun jonglera comme il le peut avec les responsabilités de l’autre dans la traque, les tortures et la mort de leurs victimes.

Libérée en 2012, Karla accorde une interview au Point/Téléjournal, média canadien, pour demander un droit à une vie tranquille. « Je ne veux pas être traquée. Je ne veux pas que le monde pense que je suis quelqu’un de dangereux qui va faire quelque chose à leurs enfants » dit-elle au journaliste qui l’interroge.

Pendant ce temps, du fond de sa cellule en isolement, Paul Bernardo a changé légalement son nom. Il s’appelle dorénavent Paul Teale, en hommage au tueur de fiction Martin Thiel dans le film La loi criminelle.