A l’heure des remakes, des relectures de personnages et des reboot en série, on peut parfois avoir l’impression que faire du neuf, c’est faire du vieux, c’est lorgner vers des recettes éculées mais qui ont fait leurs preuves. Doit-on compter les séries policières calquées sur le même modèle ? Castle, The Mentalist, Lucifer et bien d’autres, obéissent à la règle toute simple du « oh-la-la-quel-boulet-je-ne-veux-pas-travailler-avec-cet(te)-énergumène-mais-peut-être-finirons-nous-par-nous-marier ». Dans cet univers sans risque, on réinvente paradoxalement d’anciens héros, avec plus ou moins de bonheur. Moderniser, c’est d’abord adapter le personnage aux goûts du jour, c’est le faire entrer par la grande porte dans un siècle auquel il n’était pas destiné. C’est gommer aussi les aspérités, oublier que Sherlock Holmes est un opiomane et le rendre, à la place, accroc à la nicotine. L’adaptation de roman, de Sherlock Holmes à Poirot est donc un exercice délicat.

La bonne recette ?

Le crime de lèse-adaptation existe-t-il ? A regarder Sherlock Holmes portée par Jérémy Brett ou le Poirot de David Suchet – deux séries exemplaires dans la reconstitution et la fidélité à l’oeuvre originelle – on pourrait le penser. Et pourtant, la BBC offre avec Sherlock (Benedict Cumberbatch et Martin Freeman, adaptée par Steven Moffat et Mark Gatiss), une série exemplaire en terme de modernisation.

La série fonctionne pour deux raisons principales. La première est que le personnage de Sherlock Holmes et fidèle à celui des romans et des nouvelles de Conan Doyle. Arrogant, misanthrope, misogyne, faisant peu de cas de son prochain, inadapté à son siècle.

La seconde tient à la mise en scène de la série : nerveuse, truffée de trouvailles et captivante. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un œil sur l’épisode unaired (ou épisode jamais diffusée à la télévision et qui a servi aux producteurs pour vendre la série à la BBC).

Adaptation Hercule Poirot

Herlock Poilmes, ou le ratage de Kenneth Branagh

A  l’origine, Poirot est en Syrie, pour résoudre une affaire criminelle dans l’armée britannique. Le principal suspect se suicide lorsque Poirot découvre toute la vérité : il a maquillé un accident en meurtre dans le but de ne pas être mis en faute par sa hiérarchie. Ce postulat de départ pose tout au long du livre une lancinante question : la recherche de la vérité doit-elle se faire au détriment de l’humain ? Hercule Poirot n’est-il qu’une froide machine à déduire, hors des sentiments, hors des êtres humains qu’il juge et condamne ? 

C’est dans cette question que réside le tour de force du livre, dans lequel, pour la première fois, Poirot doute, de lui, de ses méthodes. C’est cette question qui va amener, petit à petit, le dénouement inattendu du roman, non pas la découverte du meurtrier, mais sa non-dénonciation aux autorités. 

Car la victime, ici, est un parfait salaud. 

Et pourtant, Kenneth Branagh balaie les prémices de cette question, balaie le suicide de l’officier et nous raconte dans la scène d’ouverture, comment le brillant détective résous un meurtre mettant en cause trois représentants des principales religions. Pas de prise de risques pour le scénariste (aucun des représentants ne sera coupable mais une tierce personne), mais pas de doutes non plus pour Poirot, aucune remise en question. Son cheminement intérieur vers la solution s’en trouve alors bancal. Malgré la volonté de rattacher son film à une imagerie religieuse, à la notion du bien et du mal, le tout dans une lourdeur excessive (réplique de la cène dans un tunnel), le film ne décolle jamais vraiment et peine à nous intéresser. 

C’est qu’on lorgne ici du côté du Sherlock Holmes de Guy Ritchie et les premières minutes en sont déroutantes. Voir Hercule Poirot, relativement mince, utiliser sa canne pour empêcher la fuite de l’assassin est déconcertant. Le voir, une heure plus tard, se livrer à une course-poursuite, sauter d’échafaudage en échafaudage est un crime de lèse-majesté pour peu que l’on aime le personnage tel qu’il a été créé ! 

Si la volonté de moderniser un personnage est louable, le résultat est plat, sans aucune saveur. Nous sommes très loin du relookage plus que réussi par la BBC avec Sherlock. 

Le seul point positif du film est son casting. Irréprochable, maîtrisant à la perfection le double jeu.

Malgré ses défauts et une lourdeur dans la démonstration du propos, on passe tout de même un agréable moment en acceptant le fait qu’Hercule Poirot ne sera pas tout à fait celui que l’on a connu. Mais si l’on cherche une adaptation réussie, on se penchera alors du côté du téléfilm avec David Suchet.