C’est un retraité qui n’a pas attendu qu’on le pousse vers la sortie. Désapprouvant les méthodes de Scotland Yard, l’ex-inspecteur Chef Higgins a mis les voiles, profitant d’un héritage et de son cottage dans la campagne anglaise. Là, sous la houlette d’une vieille gouvernante forte en tête (voir acariâtre), il pensait couler des jours heureux, entre lecture de grands écrivains et souvenirs d’Orient.

Seulement, voilà. Quand on est une légende, les petits nouveaux ont tendance à venir frapper à votre porte pour avoir des conseils, une aide ou sauver l’avenir de la couronne ! Le surintendant Scott Marlow vient donc tirer régulièrement (4 fois par ans) le jeune retraité pour l’entraîner dans des affaires impliquant de hauts personnages.

Dualité & classicisme

Higgins, comme tous les grands détectives qui se respectent, a une méthode : un petit carnet noir, un crayon finement taillé, de l’ordre et de l’intuition. Aux gémonies, les expertises scientifiques et les bases de données sur serveurs cryptés. Higgins suit son bonhomme de chemin au gré des conversations et des déductions. A l’heure des balles qui sifflent au rythme des pages-turners, à l’heure de la surenchère dans le gore et le malsain, il impose sa cadence, et nous rend accroc sans effusion de sang, avec une élégance toute britannique.

Car au-delà du plaisir de la déduction et de la découverte du meurtrier, c’est un monde finissant qui hante les livres de Christian Jacq. On y croise des personnages accrochés à leurs privilèges, sans prise avec la réalité ou luttant pour garder intact la mémoire de ce qui, inexorablement, a flétri. « Comédien, assassin ? » (réédition de « Qui a tué Sir Charles ?« ), s’ouvre sur un concierge regrettant la perte de standing de son immeuble tout en pointant le fait qu’il se situe dans une zone enclavée, loin de la circulation, des piétons, du bruit : loin de la modernité.

Un inspecteur hors-saison

C’est cette dualité constante dans le récit qui attire le lecteur, aussi. D’un côté, un monde fermé sur lui-même, sourd aux sollicitations et aux obligations du XXIème siècle. De l’autre, le monde moderne qui, malgré son armada de science et d’outils à la pointe technologique, ne parvient pas à trouver l’assassin. Et au centre, un ex-inspecteur chef affable, hors du temps, hors-saison, qui, seul, parvient à faire le pont et à dissiper les brumes.

Hors-saison, c’est assurément ce qui convient le mieux pour décrire cet Higgins, personnage hors du temps et curieusement réel, qui hante les livres et leurs mondes perdus comme un glitch dans un programme informatique.

Christian Jacq

La série des Higgins a paru une premières aux éditions du Rocher, puis a été repris par les éditions XO et les éditions J. 4 fois par ans, ils nous donnent rendez-vous entre réédition des anciennes affaires et publications d’inédits. Je ne saurais trop vous conseiller de vous y attarder. La lecture est agréable, les enquêtes bien écrites et pour tout ceux qui aiment les énigmes à la Agatha Christie, c’est un choix à faire les yeux fermés !

L’ex-inspecteur chef Higgins sort tout droit de l’imagination de Christian Jacq, mondialement connu pour ses romans sur l’Égypte.