Alors qu’il marche vers le pupitre, mesurant ses pas le long de l’allée centrale du tribunal, les têtes se tournent, les têtes se penchent. Le voilà donc, cet homme, pour qui on a voulu tuer. L’homme porte beau, son uniforme n’y est pour rien. La quarantaine, cheveux ras, il possède ce charme hollywoodien, ce je ne sais quoi d’élégance tranquille. Certains, discrètement, hochent la tête, et comprennent soudainement pourquoi l’on peut tout faire par amour. Même prévoir un meurtre.

Bien sûr, Lisa Nowak et son avocat s’en défendent, et réfutent toute velléité de meurtre. Il s’agissait juste de faire peur. Dans la voiture de Lisa, pourtant, les policiers retrouveront une liste exhaustive des choses à ne pas oublier (imperméable, lunettes, perruque…), des paires de gants en latex, un pistolet à gaz ressemblant à un 9 mm, des sacs-poubelles et des couche-culotte.

En janvier 2006, Lisa redescendait sur terre, acclamée, respectée, après un vol spatial. Le 4 février 2007, la police l’arrête pour tentative de meurtre. Entre-temps, c’est une longue descente aux enfers dans la jalousie et la paranoïa. Une jalousie absolue qui ne laisse rien au hasard.

De même que la préparation d’une sortie dans l’espace, où tout doit être pensé et prévu, Lisa a minutieusement préparé, sur de long mois, son équipée criminelle. Tout commence deux mois plus tôt, lorsqu’elle soupçonne Colleen Shipman, officier de l’US Air Force, d’entretenir une relation avec son propre amant, le beau gosse William Oefelein. Méthodique, Lisa entreprend une surveillance et note tout ce qui pourrait lui être utile. Utile à quoi, elle ne le sait pas, dit-elle. Mais les habitudes sont inscrites, détaillées, consignées. Les états de services, les sorties, les relations sont vérifiées, écrites, annotées. Lorsqu’elle apprend que sa possible rivale embarque sur un vol Houston-Orlando, Lisa décide de passer à l’attaque et s’engage pour un voyage non-stop de 1500 kilomètres. Quatorze heures de voiture, sans arrêt grâce à l’utilisation de couche-culotte, astuce que les astronautes utilisent au décollage des fusées.

C’est ce que la justice a du mal à comprendre, cette préparation cartésienne. Car Lisa ne part pas les mains vides. Dans son sac, outre l’inventaire cité plus haut, elle a aussi 600 dollars en liquide, couteau, imperméable, maquillage. Il est dur de ne pas voir dans tout cela un signe de préméditation. Pire, Lisa, arrivée en avance, descend à l’hôtel sous un faux nom et se rend à l’aéroport pour y attendre l’arrivée de Colleen. Dans la liste des choses à ne pas oublier et que la police retrouvera dans sa voiture, elle détaille son projet pour enlever et tuer Colleen Shiplman.

Colleen Shipman récupère ses bagages sans s’apercevoir de la présence de Lisa, masquée derrière un imperméable, des lunettes noires et autres artifices. Elle ne s’en aperçoit pas, certes, mais se sent observée depuis plus de deux mois. Et pour cause ! Cette impression d’être constamment épiée lui a donné quelques reflexes. Ainsi, à peine est-elle montée dans sa voiture qu’elle verrouille les portières. Lisa s’approche alors et tapote sur sa vitre.

Pouvez-vous m’aider, s’il vous plait ? Mon petit ami devait venir me chercher et il n’est pas là.

Colleen avise cette silhouette improbable. Imperméable, perruque, rien ne va. Elle ressent aussi ce curieux sentiment d’avoir déjà vu cette femme. Tout ses sens sont en alerte, elle lui fait signe de sa main qu’elle ne peut rien faire et l’invite à reculer.

Lisa se met alors à pleurer. Par compassion, sa rivale baisse la vitre de cinq centimètres. C’est plus qu’il n’en faut à Lisa pour asperger Colleen de gaz lacrymogène. Colleen, alors, appuie sur l’accélérateur et s’enfuit. A travers les brumes du gaz, ses pleurs et la douleur, elle quitte le parking de l’aéroport et alerte les autorités.

Lisa sera arrêtée une quinzaine de minutes plus tard. Elle niera toute préparation de meurtres, fera fi des armes et notes retrouvées dans sa voiture et martèlera tout au long de l’enquête :

Je voulais juste lui faire peur ! Qu’elle avoue sa relation avec William Oefelin.