Ça fleure bon la série b et les effluves de pop-corn, celle jouissive des nuits d’un samedi pluvieux, d’un canapé accueillant ou d’une soirée entre potes. C’est effectivement une série b à laquelle il manque un souffle pour gagner ses galons de grand film. Pourtant, on a vu du Tarentino, un peu des frères Coen aussi, dans ce récit jubilatoire d’une nuit à l’hôtel El Royale. Il y a quelque chose dans la déstructure du récit, dans ses images travaillées, dans son rythme qui nous retient face à l’écran mais qui nous empêche aussi totalement d’y entrer. 

Critique Sale temps à l'hötel El Royale Drew Goddard

Et pourtant, quand on regarde de plus près, on s’éloigne de la série b et on devine une autre histoire dans l’histoire, celle d’un aller/retour aux Enfers, celle d’une Amérique raciste et opprimante. C’est un conte défait où les corrompus paient de leurs vies et où les survivants sont ceux qui pardonnent. Chaque personnage est cassé, meurtri par un passé douloureux, à l’exception du plus fort de tous – le leader de la secte – mais qui se révèle être le plus faible, au final. 

C’est le récit de Darlène Sweet, la chanteuse soul – qui refusant les avances d’un producteur ne deviendra jamais une star – qui donne le tempo du film. C’est avec elle que le film commence et c’est avec elle que le film se termine. Son histoire est à la croisée de toutes les autres et son discours dans le dernier tiers livre la clé du long-métrage. Face à un homme menaçant, assassin et fanfaronnant, elle refuse de jouer le jeu et renvoie son agresseur au petit garçon qu’il est. 

La voilà, l’histoire du film, sa morale finale : Drew Goddard nous raconte tout ce qu’il faut abandonner et les luttes destructrices qu’il faut mener pour faire triompher ses rêves et les vivre, aussi petit soient-ils. Certes, Darlène chante dans un casino miteux, mais elle le fait avec brio et avec de l’argent plein les poches. 

Le final, tout en flammes, nous rappelle l’Enfer de cette condition. Face à une société patriarcale, opprimante, humiliante, la seule issue de secours est notre intégrité et la force que nous plaçons dans nos ambitions.