Une aventure du Club Cyclope
Par Edgar Parent


Passer entre les gouttes, c’est ce qu’ils espèrent, tous, de l’assassin à la petite semaine jusqu’au génie du crime. La pluie tombe et les trempe, leurs mains dégoulinent encore du sang de leurs victimes, qu’ils vous disent, froidement : « mais avez-vous une preuve ? » Passer entre les gouttes, c’est l’Eldorado ultime, c’est être lavé de tout soupçon malgré la pluie battante. Mais le vent souffle et secoue, et quelque chose dérape, ils trébuchent. Qui que l’on soit, nos vies sont des châteaux de cartes. Rien ne tient éternellement debout et les mensonges finissent toujours par émerger.
   Et les mensonges, Naïma en a entendu depuis qu’elle est journaliste. Elle a appris à les reconnaître : ils ont l’odeur de la douche froide.
   Et c’est exactement ce qu’elle se dit en poussant les portes du bar « Le Cyclope » : ce qu’elle cache lui glace le sang. Encore plus en observant ses amis qui mènent tambour battant une discussion qui n’est pas encore à sa portée. Tous des gens de la haute, au dos bien droit, à l’élocution parfaite, aux mots justes. Ils ne disent pas « c’est les vacances » mais « ce sont les vacances ». Et elle, petite fille d’immigrée, aux mains calleuses de s’être tant agrippées aux barreaux de l’échelle sociale ! L’ascenseur social ! Naïma en choperait un fou rire si la réalité n’était pas aussi triste. L’ascenseur est en panne, les escaliers ont été démolis, seule reste une échelle rouillée et branlante pour se hisser au-dessus de sa condition.
   Mais la voilà au sommet, aujourd’hui, après des années d’efforts et de sacrifices. Et il faut reconnaître qu’elle y fait illusion.
– On parlait de tout article, avertit Samir quand elle prit place autour de la table.
   Samir, c’est autre chose, lui aussi a grandi dans une cité HLM, lui aussi a eu l’estomac brûlant du même désir de reconnaissance. C’est peut-être pour cela qu’elle n’est jamais tout à fait à l’aise en sa présence.
– Alors, bravo, tu as changé tous nos prénoms mais tu as conservé les noms de tous les autres ! reprocha Élisa.
– Et ? Quel est le problème ?
– En termes légaux, cela pose des problèmes essentiels de confidentialité, de respect à la vie privée, commença Clovis.
– C’est parce que tu réagis en tant qu’avocat.
– C’est vrai que toi, en tant que journaliste, tu n’as pas le souci de l’exactitude ! rétorqua-t-il.
– J’ai adoré ton article, lui dit le bedonnant écrivain de roman policier.
   Naïma aimait bien Christophe, elle le trouvait réconfortant, comme un bébé ours tout doux, tout gentil, sans une once de méchanceté en lui.
– Tu as remarqué, j’ai repris tous les prénoms de tes personnages.
– Ah ! compris Élisa, c’est donc sa faute si dans ton article, tu m’appelles Marie ?
– Tu aurais voulu un autre prénom ? s’enquit Christophe.
– Et comment ! J’ai toujours eu le fantasme de m’appeler Jessica.
– Jessica ? répéta Clovis en pinçant les lèvres comme si ce prénom sentait mauvais. Une juge d’instruction avec Jessica comme prénom, ce n’est pas très crédible.
– Pourquoi ? attaqua Naïma. Ils s’appellent tous Pierre, Paul et Marie-Chantal.
– Remarque, Naïma pour une journaliste, ce n’est guère mieux.
– Tu me cherches toi, aujourd’hui ! C’est parce que tu aurais préféré que je nomme ton cabinet ? Que tu puisses récupérer quelques clients ?
– Jessica, ça fait télé-réalité, dit Samir en tentant une diversion.
– Oui, et les stars de la télé-réalité finissent bien dans un bureau de juge d’instruction mais pas dans le bon siège ! renchérit Christophe.
– Et bien, puisque Jessica fait l’unanimité contre elle, j’aurais choisi Djulia.
– Julia ?
– Djulia ! A l’italienne !
– Ok, bref, trancha Naïma, je pense avoir un meilleur sujet de conversation.  Le suicide proclamé d’une danseuse de Las Vegas.
– C’est quelqu’un qu’on connait ? demanda Christophe.
– C’est une des danseuses de Céline Dion ? ajouta Élisa.
– Non, non, c’est un suicide qui a eu lieu il y a 50 ans et qui pourrait cacher un meurtre.
– C’est une des danseuses de Céline Dion ! affirma Élisa.
– C’est lié à Lily.
– Lily, la chanteuse ? s’étonna Christophe.
– Lily, la vieille chanteuse ? persifla Élisa.
– J’ai été l‘interviewer pour le journal. Je suis censé faire un portrait d’elle à l’occasion de la sortie de son nouvel album. On a beaucoup parlé. Enfin, elle m’a beaucoup parlé. Je vais vous faire écouter un extrait de ce que j’ai enregistré…
   Naïma sortit de son sac un petit enregistreur numérique. Le déposant sur la table, elle pressa le bouton « play » et la voix enjouée de Lily se fit entendre.


   A priori, rien ne distingue la maison bourgeoise de Lily des autres maisons bourgeoises de son voisinage. En sonnant à la porte, je m’attendais presque à ce qu’une mamie-confiture m’accueille, tout sourire. Au lieu de cela, un factotum en livrée s’inclina bien bas une fois la porte ouverte.
– Madame a rendez-vous ? se hasarda-t-il, grave et profond.
– Oui, je suis la journaliste du Monde…
– Georges ! hurla Lily d’une voix étonnamment dynamique. Laissez entrer !
   Georges libéra le passage et aussitôt la porte refermée derrière moi, une petite bonne femme vêtue d’un ample kimono aux couleurs vives fonça vers moi, la main tendue.
– Vous êtes ponctuelle, ma petite, j’adore ! La ponctualité, c’est la dernière politesse qui reste. Aujourd’hui, on ne se dit plus « bonjour » ou « va chier ». On s’envoie un momoji en forme d’étron ou un momoji en forme de truc jaune hideux. Le progrès ! J’adore ! J’ai un site internet, vous savez ?
   Tout en parlant, elle me prit le bras, enfonçant ses ongles sans limite dans ma chair et m’entraina vers le salon des invités, une pièce tout entière décorée à sa gloire. Affiches, souvenirs, disques, tenues de scènes, toute sa carrière s’entremêlait pêle-mêle dans un bric-à-brac élaboré avec soin.
– Alors ! Sans mentir, me dit-il en libérant mon bras, quel âge me donnez-vous ?
   Elle écarta ses bras du mieux qu’elle put et tourna sur elle-même avant de s’écrouler dans un large fauteuil en osier.
– La quarantaine, proposais-je en m’installant dans un canapé moelleux.
– Merveilleux, n’est-ce pas ? J’ai fait changer tout mon sang, en Suisse ! Ils vous l’aspirent d’un côté, et vous en injectent un neuf de l’autre. C’est génial. Regardez ma peau ! Aucune chirurgie ! Mais rassurez-moi, vous n’êtes pas une de ces journalistes qui fouillent les poubelles pour sortir un acte de naissance ou un vrai prénom ?
– Pas du tout !
– Tant mieux, parce que, avouez que Liliane, ça ne fait pas grande star de la chanson française. Lily, ça a plus de gueule. Lily, avec un y, attention. C’était une idée de mon imprésario de l’époque, pour faire international. Aujourd’hui, on dit agent, c’est plus classe et vous les payez trois fois plus cher. Les costumes changent mais les hommes restent les mêmes.
– Vous parlez de Richard Mallet, votre tout premier imprésario ?
– Oui, celui-là même. Il est là-bas, me dit-il en pointant du doigt quelque chose dans mon dos.
   En me retournant, j’eus un peu peur de me retrouver nez-à-nez avec son imprésario empaillé au milieu des costumes.
– Il est sur mon meuble des disparus, venez voir.
   Elle se leva d’un bond et chemina à petits pas rapides vers une large table encombrée de photographies. J’y reconnus Claude François, Françoise Sagan, et bien d’autres du même monde médiatique. Posé à côté de chaque cadre photo trônaient de petits souvenirs, sans doute liés à la personne représentée.
– Tenez, le voilà, il n’est pas beau dans son petit costume ? s’attendrit-elle en me passant la photo.
   Richard, s’il ne l’était pas, arborait la parfaite tenue du gangster des années 50. Costumes à rayures, borsalino, gros cigare en bouche et sourire de carnassier.
– Vous venez de parler de votre meuble des disparus. C’est quoi au juste ?
– Là, sous vos yeux, c’est tout ça. Ce sont des souvenirs des gens que j’ai aimé, qui ont croisé ma route ou qui ont eu une importance dans ma vie. Et qui sont mort, bien entendu. Disparu, ça veut dire kaput, enterré, six pieds sous terre. Et j’ai organisé un peu le tout, c’est dans l’ordre chronologique si vous ne l’avez pas remarqué.
– Et tous ces petits objets, là ?
– Ah, je mets toujours un petit truc à côté d’eux, comme un pense-bête, c’est bon pour la mémoire. Là, pour Richard, j’ai mis les billets d’avion jusqu’à Vegas. C’est grâce à lui, vous savez, que je suis allé à Las Vegas. Deux ans, comme meneuse de revue au Casino Le Sands. Avant Céline Dion ! Insistez là-dessus, avant Céline ! Le début de ma carrière et d’excellents souvenirs… Enfin, excellents, le début a été compliqué, une de mes choristes y a été assassinée quelques heures avant le début de la première… Tenez, c’est elle, Mary. Avec un y, Mary, une idée de Richard.
   Elle me désigna la photographie d’une jeune fille rieuse, submergée de plumes. Elle portait un pendentif en forme de lune, le même que celui déposé à côté de son cadre.
– N’était-elle pas jolie ? Quelle carrière elle aurait eu si… Enfin, le destin ! Vous voyez, le collier, là, c’est à elle. Il me fait penser à elle, elle le portait dès qu’elle montait sur scène. Pauvre enfant… L’assassin court toujours, vous savez. A moins qu’il ne mange les pissenlits par la racine !
– J’ignorais totalement cette histoire d’assassinat.
– C’est que Richard a étouffé l’affaire. A l’époque, la police était à vendre. Alors, avec un peu d’argent, vous freiniez considérablement l’enquête… Je peux vous le dire maintenant qu’il est mort, mais j’ai toujours soupçonné Richard d’voir assassiné cette pauvre petite.
   Nous regagnâmes nos places et je mis en marche mon enregistreur.
– Vous pouvez m’en dire plus sur ce meurtre ?
– C’était une autre époque. Très permissive… si vous étiez blanc et si vous étiez un homme, bien entendu. Je ne sais plus si les lois ségrégationnistes existaient encore mais la mentalité était bel et bien là, je peux vous l’assurer. Sauf dans l’hôtel où nous résidions grâce à Frank Sinatra. J’ai diné avec lui d’ailleurs, il tournait le film Ocean Eleven, mmm, en France, ils ont appelé ça… L’inconnu de Las Vegas ! Ils ont fait un remake avec le beau gosse de la télévision, Georges Sans-Sucre ou un truc du genre. Bref, un gentleman, ce Sinatra, un vrai. Si jamais il vous matait les seins, c’est parce qu’il vous avait déjà regardé droit dans les yeux ! Un homme, comme on en fait plus. Grâce à lui, le Sand a suspendu ses règles anti-noirs. Il jouait avec Sammy Davis Junior, tous les soirs, sur la scène du Casino et à chaque fin de concert, Sammy Davis devait regagner son hôtel, réservé aux gens de couleurs. Frank a fait un scandale, vous l’auriez vu ! Un scandale ! Résultat : Sammy Davis Jr a pu avoir sa chambre à l’hôtel. Un moment historique. Et je l’ai vécu ! …
– Et Mary ?…
– J’ai tout de suite compris que cette fille allait poser des problèmes. Moi, en 60 ans de carrière – ne mettez pas le chiffre dans votre article – de toute ma carrière, je n’ai jamais, pas une seule fois, raté une répétition. Que je sois malade, à l’article de la mort, que je me traîne, qu’on me roule, j’ai toujours été aux répétitions. Toujours ! Mary… Eh bien, elle cumulait les retards. Et personne ne lui faisait la moindre remarque. Et vous savez pourquoi ? Elle fricotait avec le producteur américain. L’archétype de la bonne salope mention promotion canapé !
– Comment est-elle morte ?
– Affreux. Une balle dans la tempe. Ils ont retrouvé le pistolet à ses pieds, dans sa chambre. Un petit pistolet de femme, vous savez, tout minuscule. La police a conclu au suicide, ça arrangeait tout le monde. Elle est morte quelques jours avant… Non, non, je dis n’importe quoi, elle est morte l’après-midi du spectacle ! A quelques heures de la première ! Je m’en souviens parfaitement, je suis monté sur scène et elle n’était pas là, tout le monde enrageait. Et moi deux fois plus ! On avait perdu mes gants blancs ! Je devais faire tout le premier acte avec des longs gants blancs. J’ai fait ça mains nues ! … Puis, voilà, à la fin du show, on a vite compris que quelque chose n’allait pas… Tous ces policiers, la tête de Richard… Je suis montée dans ma chambre et je me suis posée à côté du feu de cheminée, j’ai attendu toute la nuit… Le directeur du Casino menaçait d’annuler nos représentations. Heureusement, la police a conclu à un suicide et cela a calmé la direction. On a repris dès le lendemain. Quel soulagement. Pour tout le monde, bien sûr. Bon, certes Mary était morte mais personne ne l’aimait vraiment. Son manège avec le producteur nous restait en travers de la gorge. Elle était en route pour prendre la place de quelqu’un, cette garce.
– Et vous n’avez jamais cru à la thèse du suicide ?
– Bien sûr que non, je ne suis pas conne ! On l’a retrouvé dans sa tenue de scène, c’est qu’elle comptait bien faire le show.
– Il n’y a pas eu d’enquête ? Pas d’interrogatoires ?
– A peine, répondit-elle en haussant les épaules. Le médecin légiste a estimé sa mort dans la matinée. Et le matin, tout l’orchestre était en répétition, pas mal de gens avaient donc un alibi.
– Mais vous, vous avez soupçonné votre imprésario ?
– J’en ai été longtemps persuadée, oui… Il détestait son manque de professionnalisme, et sa relation avec le producteur. Pour lui, ce contrat, c’était une opportunité à se faire un nom là-bas et les manigances de la petite pute compromettaient toutes ses chances… Enfin… Je doute que l’on sache un jour la vérité… Oh la la, Si Jasmine apprend que je vous ai raconté tout ça, elle me tue !
– Jasmine ?
– Ma conseillère en communication. Avec mon compte twitter, ma maison de disque m’a offert une conseillère en com !


   Tout au long de l’écoute, Christophe avait pris des notes sur son carnet. A la fin de l’enregistrement, il déchira quelques pages et les organisa devant lui.
– Lily, c’est mon idole. Je l’adore ! expliqua-t-il.
– Tu m’étonnes… persifla Samir.
– Dis-moi, s’enquit Clovis, la vieille au soir, y-t-il eu une répétition ?
– Oui.
– Donc elle a pu être tué après cette répétition, ce qui expliquerait pourquoi on l’a retrouvé avec son costume de scène… SI j’étais l’avocat de Richard Mallet, je partirais de cet angle-là.
– Étonnant ! lança Élisa. Un avocat sans scrupule pour défendre un assassin ! Au moins, je saurais à quoi m’en tenir si tu te retrouves dans mon tribunal.
– Mmm, s’interposa Christophe, a-t-elle été tué le matin, la soirée ou l’après-midi, ce n’est pas très clair pour moi.
– C’est peut-être bien un suicide, après tout, se résigna Naïma.
   Clovis lança un regard appuyé à la juge d’instruction :
– Pour la défense de Mallet, si le spectacle a repris le lendemain même, c’est qu’il y avait peu de doute sur le suicide.
– Mary a été tué le 15 juin, le show a repris le 17 juin, j’ai vérifié.
– Oh bordel de pilou ! s’exclama Christophe en s’enfonçant subitement dans son siège.
– Tout va bien ?
– Le meurtre a eu lieu le 15 juin ? A Las Vegas ? répéta-t-il en compulsant ses notes frénétiquement.
– Oui…
– Ah ah ! triompha-t-il, mais si cela s’est passé en juin, je l’ai résolu ton meurtre !
   Naïma enclencha à nouveau son enregistreur numérique.
– Tu peux m’expliquer un peu mieux ?
– Ton Richard Mallet est innocent, c’est un fait.
– Attends, coupa Clovis, en quoi c’est important que le meurtre ait eu lieu en juin ?
– En juin, à Las Vegas, en plein milieu du désert ! Voilà ce qui est important. Il faut prendre aussi en considération la disparition des gants blancs. Les deux sont liés.
– Juin et les gants blancs ? répéta Élisa, sceptique.
– C’est une évidence. L’assassin a tiré le coup de feu d’une main gantée pour éviter les empreintes. Mais, voilà, des résidus de poudre ont taché ses gants, que faire ? Les jeter ? Et si quelqu’un les trouvait ? Non, la seule solution, la solution permanente, était de les faire disparaître.
   Naïma se frappa le front d’un claquement sec.
– Le feu de cheminée ! Je comprends, maintenant !
– Exactement. En juin, à Las Vegas, en pleine chaleur, Lily se pose devant un feu de cheminée. C’est insensé ! Pourquoi allumer un feu de cheminée en plein mois de juin ? Pour brûler quelque chose, une preuve, : pour faire disparaître les gants. Voilà pourquoi elle ne les portait pas sur scène. Ils étaient en train de brûler dans sa chambre. Quand on comprend ça, tout s’éclaire.
– Donc, amorça Samir, si Mallet ne l’a pas tué, qui l’a fait ?
– Lily, bien sûr ! Elle portait sa tenue de scène quand elle a tué sa rivale, la femme qui couchait avec le producteur, celle qui était en route pour prendre la place de quelqu’un : la sienne ! La menace devait être éliminée. Elle tue Mary à la fin de la dernière répétition. Le soir, avant la première, elle se rend compte que ses gants portent les traces de poudre. Que peut-elle faire ? Il est trop tard pour les nettoyer, ou pour en trouver d’autres. Elle allume un feu et les brûlent donc et s’en passe pour son premier acte.
– C’est terrifiant.
– Il y a aussi un problème avec l’heure du crime. Dans ton enregistrement, elle dit clairement que la mort de Mary est survenue quelques heures avant la représentation. Mais le médecin légiste situe la mort dans la matinée. Mais peut-on faire confiance à une police qui étouffe l’affaire ? Ou doit-on faire confiance aux souvenirs de la meurtrière ? Et si, quelques heures avant la représentation, Lily avait appris que sa rivale allait la remplacer ? Les voilà, toutes les deux en costume de scène. Lily, furieuse, abat Mary et il est trop tard pour changer de gant…
– Tu te rends compte, si cela se tient, je vais accuser Lily de meurtre dans mon deuxième article du Club Cyclope.
– Deuxième ? s’étonna Élisa. Ils t’en ont commandés combien au juste ?
   Clovis se frotta les mains.
– Accuse, accuse ! Au pire, je m’occuperais de ta défense. Y a sans doute prescription.
   Christophe fronça les sourcils en parcourant ses notes.
– Il y a quand même quelque chose d’un peu plus inquiétant si on repense à tout cela…
– De plus inquiétant qu’une légende de la chanson meurtrière ? se moqua Naïma.
– En un sens, oui… Son meuble des disparus, là, avec les cadres photos et les souvenirs de chaque mort… Cela ne vous fait pas penser aux trophées des sérial killer ?
   Un silence assombri accueillit sa déclaration.
– Tu ne penses pas qu’elle les a tous dégommés tout de même… s’inquiéta Naïma.
– Ok, conclut Clovis. En y réfléchissant bien, c’est à elle que je proposerais mes services. Elle m’a l’air plus solvable que toi !


Nouvelle extrait du recueil « Le Club Cyclope ouvre l’œil » d’Edgar Parent, édité par la maison d’édition Stuffed Moon.